La vicissitude d’une demande de VISA étudiant

Une fois que notre candidature a été acceptée par l’université de départ, transmise à l’université d’accueil qui, à son tour, l’a validée, on reçoit une belle petite lettre « Carta de aceitacão », sésame pour solliciter un visa étudiant VITEM IV.

Enfin on la reçoit, c’est un grand mot. Disons que notre coordinateur académique la reçoit et nous la transmet ensuite plus ou moins rapidement selon les voix impénétrables du Seigneur.
Le mien a cru que c’était de la publicité (Il y avait en effet une brochure qui présentait l’université à l’intérieur) et n’a donc pas eu la présence d’esprit de me faire suivre le courrier. Heureusement au bout d’un moment je m’en suis inquiétée et je l’ai finalement reçu deux jours avant de partir pour Paris.

Et oui, les formalités de visa pour le Brésil se font à Paris et exclusivement à Paris. Évidemment pour ne pas simplifier les choses, il faut y aller une première fois pour déposer sa demande, puis y retourner une seconde fois pour récupérer son passeport (visa compris). Pour une petite savoyarde ça fait deux gros déplacements et un coût supplémentaire non négligeable !

Je suis donc partie en direction de la capitale, tous les papiers en main (voir ici le détail technique des documents nécessaires) pour une nuit et deux jours.

Trajet aller et retour en co-voiturage et couchsurfing pour la nuit parisienne, histoire de maximiser les rencontres et minimiser les coûts (écologique aussi !).

J’arrive au Consulat du Brésil à Paris trois heures avant son ouverture, un mardi, sans rendez-vous. Et là surprise ! Une file de près de 50 personnes se dessine dans la rue. Au final on sera plus de 70 à attendre dans le froid ce jour là.

Certains sont arrivés la veille au soir et ont campé devant la porte pour être sûr de déposer leur demande de visa.

Une liste circule pour essayer d’organiser un peu l’attente et ajouter un peu de justice dans ce capharnaüm d’individus. J’ai commencé à comprendre que ça risquait de ne pas bien se passer pour moi quand la liste n’est même pas arrivée à mon niveau.

Dans les rangs les discutions vont bon train :

— T’es arrivé à quelle heure, toi ?
— 6 heures 30, et toi ?
— Je suis là depuis 4h du matin…
— Ah… (Perdu !)

Une course à celui-qui-est-arrivé-le-plus-tôt-est-le-plus-fort, c’était mise en place, un peu comme en maternelle avec le fameux « mon papa à moi il (…) ». Autant dire que je ne faisais pas partie des plus fortes…

Le froid, l’attente et l’inquiétude quant au déroulement de la matinée rendaient les gens d’humeur maussade. J’ai pu quand même papoter avec un canadien (de Grenoble !) qui revenait de Chine le matin même et qui avait un meeting de la plus haute importance à São Paulo. Il partait pour moins d’une semaine mais les relations diplomatiques Canada-Brésil sont un peu tendues et pour les ressortissants du pays du sirop d’érable c’est encore plus compliqué que nous. Il ne l’a d’ailleurs pas eu…

Il y avait aussi, deux filles qui demandaient un visa étudiant pour partir à Rio un an et une épouse qui voulait rejoindre son mari par un regroupement familial.

Bref des situations diverses et variées et ces heures qui s’allongeaient sans que la file avance.

Un des employés du consulat sortait de temps en temps pour blaguer (on ne trouvait pas ça vraiment drôle) et répondre aux questions qui lui plaisait. Ces interventions redonnaient du blé à moudre dans les conversations qui le critiquaient à voix basse ou qui hypothéquaient sur les chances qu’on avait de rentrer.

Amateur du tiercé et des probabilités, dans les files d’attente des consulats il y a un véritable marché !

À midi, 4 heures après l’ouverture, environ 30 personnes avaient pu rentrer, peu avaient abandonné, il restait donc une majorité qui patientait calmement dans le froid de la rue, bien alignée le long du mur, selon les exigences du vigile.

L’employé sort alors pour nous informer que c’est l’heure de la pause déjeuner. Piteusement on a regardé les portes du consulat se fermer devant nous.

Certains regroupés en bande se sont alors organisés pour partir à la chasse à la nourriture et ramener des sandwichs aux membres de leur clan. Je n’avais pas de clan attitré mais je grelotais tellement de froid que je n’aurais pas pu avaler un sandwich de toute manière.

À 13h, 7 personnes supplémentaires rentrent dans le Consulat et l’employé nous annonce que le Consul est en train de réfléchir au nombre de demande de visa qu’il va accepter aujourd’hui.

À 13h30, le Consul n’a toujours pas tranché ce dilemme, mais personne n’a franchi les hautes portes.

Aux environs de 14h, le verdict tombe : plus aucune demande de visa ne sera acceptée aujourd’hui

« Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour vous, mais il faut que vous compreniez que nous avons aussi des obligations »

J’apprends alors une technique pour congédier une foule : Ne pas parler fort, comme ça peu entendent et le temps que le message soit répercuté par le bouche à oreille, on évite les questions et on peut rentrer s’abriter dans le Consulat.

J’exagère un peu car notre bien aimé employé-blagueur est ressorti peu de temps après pour rassurer ceux qui avaient des questions (seul moyen pour que les gens acceptent de partir sans râler après 6/7 heures d’attente dans le froid).

À ce moment là, ma situation était critique. Pendant les dernières heures d’attente, j’ai essayé de m’organiser pour rester à Paris jusqu’à vendredi (On était un mardi et il n’y a que deux jours par semaine dédiés aux demandes de visa sans rendez-vous). Mais ayant peu de connaissance là-bas et un portable avec une batterie presque déchargée c’était compliqué. Faire l’aller-retour était impensable et je voyageais sans affaire de rechange.

Je suis donc restée devant la porte du consulat, en attendant que la foule se disperse. J’ai essayé de m’approcher de l’employé-blagueur qui n’en avait rien à faire de mon histoire. Tentant le tout pour le tout, je me suis dirigée vers la porte d’entrée, ai rallié à ma cause une autre fille qui avait aussi un besoin urgent de faire son visa et nous nous sommes adressé à un autre employé qui attendait à l’intérieur du consulat.

Après un peinture de notre situation un poil plus dramatique que la réalité (mais pas tant que ça), il nous dit d’attendre 5 minutes pour qu’il puisse voir ce qu’il peut faire. L’espoir au bord des lèvres nous patientons et à son retour, oh joie, il nous dit d’entrer ! Avec fierté nous franchissons la porte suite à — pour moi — 8 heures d’attente dans le froid parisien.

10 petites minutes après nous sortons du consulat, le coeur ensoleillé, et la banane en bandoulière. Il ne me reste plus qu’à revenir dans 10 jours pour récupérer mon passeport !

Pour fêter cela, je suis allée d’un pas joyeux manger sur les Champs Élysée (À mac-do, on reste étudiant avant tout)

PS : Quelques semaines plus tard, j’ai appris que le ministère des relations extérieures du Brésil était en grève à cette période ce qui se répercutait sur tous les consulats du monde.